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Premier mai : actualité de la lutte des classes

Premier mai : on aurait envie, bien sûr, de juste faire la fête, de célébrer la fraternité et le printemps. Car nous n’avons d’autre désir politique que le temps des cerises, celui d’une société libérée de l’exploitation et de la violence, dans laquelle chacune et chacun peut trouver à s’épanouir, à créer, à aimer.

Mais l’époque appelle urgemment à retrouver le sens originel de cette journée, celui de la lutte sociale et de l’union du peuple laborieux pour la défense de ses droits et de sa dignité.

Car nous faisons face à une entreprise visant à la démolition des conquêtes sociales accumulées par plusieurs générations. Nous sommes confrontés à une offensive régressiste d’une ampleur qui dépasse de loin ce que la plupart d’entre nous ont connu de toute leur existence. Les coups portés à notre système de solidarité, à nos services publics, à la Sécurité sociale sont tellement nombreux qu’en faire simplement la liste demanderait des pages et des pages.

Ce mouvement est tellement large qu’on ne peut plus tourner le regard d’un côté ou de l’autre sans observer un recul. Toutes les personnes fragilisées sont en danger, bien sûr, entre les visites domiciliaires qui visent les sans-papiers, les centaines de milliers de prestataires sociaux qui se retrouvent dans la précarité, les pensionnés qui seront appauvris en masse, les malades qu’on veut faire travailler à tout prix sans jamais se demander sérieusement pourquoi ils sont si nombreux à craquer. Mais c’est l’ensemble du corps social qui est attaqué, par la destruction du coût de la vie (augmentation de la TVA, inflation des prix alimentaires, crise du logement,…), par la mise sous pression insensée des communes qui n’ont d’autre choix que de répercuter fiscalement, par les attaques (ouvertes et plus sournoises) sur l’indexation des salaires. Ce sont aussi des secteurs essentiels comme l’enseignement ou la culture qui sont mis en difficulté de façon inquiétante par des coupes multiples dans les budgets, par l’allongement sans compensation salariale du temps de travail des profs du secondaire supérieur (quelqu’un évalué le nombre de burn out que cela allait causer ?), par l’augmentation du minerval. Etc, etc.

Revenons un instant sur la situation des chômeurs, des malades. Beaucoup de personnes — de travailleuses et de travailleurs peu informés politiquement — sont persuadées de n’être pas concernées par ces mesures, car elles ont un travail, car elles sont en bonne santé. Quelle naïveté ! Quelle naïveté à l’égard des maladies que produit à la chaîne le système capitaliste (les cancers consécutifs aux pollutions environnementales, les troubles musculo-squelettiques dus aux cadences, le stress et l’anxiété dues à la précarisation et à la destruction de la biosphère). Quelle naïveté à l’égard de l’IA, qui s’apprête à détruire, selon certains rapports, un emploi sur 5 ! Quelle naïveté par rapport aux traités de libre-échange que l’Union européenne continue à signer en série, fragilisant à chaque fois un peu plus l’agriculture et l’industrie. Quelle naïveté aussi à l’égard des prochaines générations : quelle part de la jeunesse pourra encore acheter une maison — obtenir un emprunt hypothécaire — dans un monde où l’emploi sera émietté et la protection sociale en lambeaux ?

Au moins, toutes ces mesures d’économie à la hache permettent-elles de remettre nos finances publiques dans le vert ? C’est tout l’inverse, hélas : les gouvernements des droites sont en train de casser le moteur économique de la Belgique, comme en témoigne la dégradation de nombreux indicateurs macro-économiques, comme en témoigne aussi la dégradation du « rating » belge par les agences de notation.

Pendant ce temps, le gouvernement refuse mordicus de nombreuses mesures de justice sociale, qui permettraient de rééquilibrer nos finances en faisant contribuer ces « épaules les plus larges » (selon l’expression désormais consacrée). Des choses simples, comme la restauration de l’impôt des sociétés (ISOC) au taux d’avant 2017, la restauration de tranches supérieures de l’impôt sur le revenu ou la fiscalisation du secteur aérien (au moins) au même niveau que le ferroviaire ne sont même pas discutées.

Alors, chères et chers amis, chères et chers camarades, seules notre mobilisation, notre détermination et notre union pourront inverser la vapeur. C’est maintenant que se construisent les victoires de demain. Je ne parle pas seulement de victoires électorales (qui ne sont qu’un moyen). Je parle de la nécessité pour la gauche de se préparer à reconstruire à la même échelle à laquelle la droite est en train de détruire aujourd’hui. Le plus grand risque pour la gauche, c’est d’y aller à petit bras, c’est de gagner sans oser remettre sur la table les grands changements sociaux que notre époque appelle pour garantir, aujourd’hui et demain, la dignité de chacune et chacun, c’est de renoncer à la lutte des classes !

Pour éviter ce risque, il n’y a qu’une manière : être très nombreuses, très nombreux à se faire entendre !

Adelante !