Il est difficile de mesurer les conséquences que va avoir la guerre illégale et criminelle que Trump et Netanyahou ont lancée contre l’Iran — déjà simplement de savoir combien de temps elle va durer, à quelles surenchères mortifères elle pourrait donner lieu —, mais les jours passant, il est de moins en moins douteux que ces conséquences seront considérables. La destruction, mercredi par Israël, des installations du complexe gazier de South Pars, suivie d’une riposte massive par l’Iran contre les pays du Golfe, en particulier le Qatar, constitue un point de bascule.
Il y a le pétrole et le gaz, bien sûr, mais aussi et peut-être surtout les engrais. Près du tiers des fertilisants mondiaux (à base d’urée, d’ammoniac, d’azote, de phosphate ou de soufre) transiteraient par le détroit d’Ormuz. Chaque semaine durant laquelle celui-ci reste fermé déséquilibre un peu plus le système alimentaire mondial. L’impact sur les prix alimentaires sera inévitable, mais si la crise devait durer, c’est la sécurité alimentaire d’une part de la population mondiale qui sera sans doute menacée.
Cette guerre va donc produire un nouveau choc d’inflation, d’autant plus important que la situation s’enlisera. Et cette inflation se traduira, partout dans le monde, par des faillites, des pertes d’emploi, de la pauvreté. Par la faim.
Cette guerre est également, d’ores et déjà, une catastrophe écologique de première ampleur, un moment marquant de l’écocide global. Les stocks de pétrole en feu rejettent gaz toxiques, métaux lourds et autres polluants particulièrement dangereux pour la santé humaine, dans un environnement déjà très abîmé. La chercheuse Mathilde Jourde parle d’une « marée noire atmosphérique ». Les conséquences pour les populations de la région seront lourdes. Quant aux impacts climatiques, le CO2 est pour le moment libéré par millions de tonnes, auquel s’ajoutent des quantités inconnues de méthane qui sont en train de s’échapper (méthane dont on rappellera que le pouvoir de réchauffement global est 28 fois supérieur à celui du CO2).
Au-delà des victimes directes de la violence guerrière, il y aura donc celles, bien plus nombreuses, de tous ses effets indirects, qui participent à emmener l’humanité tout entière vers l’abîme.
Tout cela pour quoi, au juste ? On ne sait pas bien, pour tout dire. Deux leaders hallucinés, suprémacistes et millénaristes, ont lancé cette guerre de façon parfaitement unilatérale, en contravention flagrante avec le droit international, en l’absence de toute menace directe de la part de l’Iran et avec des objectifs particulièrement flous (pour ce qui concerne Trump, en tout cas).
Les habituels idiots utiles européens du trumpisme se sont évidemment empressés d’apporter leur caution. La liste de ces complices est longue. Citons-en trois, en restant en Belgique. Le ministre de La Défense, Theo Francken, a considéré que l’attaque contre l’Iran était « absolument justifiée ». L’inévitable Georges-Louis Bouchez a pour sa part affirmé, dans une interprétation toute personnelle de celui-ci, que « le droit international ne peut être invoqué pour protéger les dictatures » avant de soutenir que cette guerre allait, je cite, « améliorer la stabilité de la région et […] garantir la sécurité des citoyens européens » (là, les voix se multiplient pour souligner l’augmentation du risque d’attentats terroristes). Quant à Daniel Bacquelaine, député MR de la Province de Liège, il a présenté cette guerre comme un « devoir éthique vis-à-vis du peuple iranien ». Je crois que tout cela se passe de commentaires.
Où en sommes-nous après trois semaines de guerre ?
a) Sur le plan tactique, le pouvoir de Téhéran est loin d’être à terre : certes le pays encaisse de rudes coups, mais sans offensive terrestre, les mollahs ne seront pas délogés et personne ne mènera ladite offensive. Pendant ce temps, le verrou d’Ormuz est fermé et on voit mal comment Trump pourrait contraindre son ennemi à se départir de cet atout majeur, même en quémandant pour cela le soutien de ses alliés européens et asiatiques (qu’il n’a même pas informés — a fortiori consultés — avant de lancer sa guerre). Quant aux démocrates iraniens, ils seront probablement réprimés avec encore plus de férocité qu’auparavant, le régime étant décidé à se maintenir à tout prix.
b) Poutine se frotte les mains : la crise pétrolière va le renflouer alors qu’il était en sérieuse difficulté et la fringale mondiale de pétrole va lui permettre de se remettre en selle sur le plan diplomatique.
c) La Chine, qui était peut-être (qui sait ?) le vrai but de guerre de Trump en raison de sa très grande dépendance aux hydrocarbures du Golfe, est en train de tirer son épingle du jeu (ses pétroliers passent le détroit, eux) et en profite pour pousser sa monnaie, répondant de la sorte à l’affront qu’elle a subi il y quelques semaines au Venezuela. Et l’on sait que dédolarisation de l’économie mondiale — la fin du système pétro-dollar — est sans doute le pire cauchemar de Trump, car elle signerait la fin d’un état d’exception économique.
d) Accessoirement, la base MAGA de Trump semble avoir quelques difficultés à la suivre dans cette nouvelle aventure criminelle. Bon, cette base lui a déjà passé tellement d’ignominies qu’on ne va pas se réjouir trop vite, mais disons quand même que l’augmentation du prix de l’essence (que Trump et sa science pensaient immunisé) va encore un peu compliquer la tâche du tyran orange lors des élections de mi-mandat, en novembre prochain.
Il faut aller chercher loin dans le pire du pire de l’histoire humaine pour trouver des exemples d’individus ayant à ce point nui à leurs sœurs & frères humains.
Dans de telles circonstances, l’Europe — chanson connue — doit urgemment s’émanciper du gorille yankee. Refuser toute implication dans cette guerre, pour commencer. Évidemment. À cet égard, répondre à la demande d’envoyer des forces pour « sécuriser le détroit d’Ormuz » autrement que comme force d’interposition de paix, avec mandat de l’ONU (je répète : avec mandat de l’ONU), serait mettre le doigt dans un engrenage fatal. Organiser notre indépendance (technologique, énergétique, militaire,…).
Mais plus fondamentalement, l’Europe doit sortir de la complaisance. Netanyahou et Trump sont des criminels contre l’humanité : ils sont respectivement l’auteur principal et le complice le plus actif du génocide de Gaza (qui se poursuit d’une manière sourde à l’heure où nous parlons en Cisjordanie où les violences subies par la population palestinienne devrait sonner une nouvelle alarme mondiale). Ils menacent, de la façon la plus ouverte, la paix, la stabilité et la prospérité du monde. Face à de tels agissements, l’heure est à la réplique : la place de ces individus est devant un tribunal international. Et faute d’y parvenir, les sanctions les plus fermes doivent être envisagées contre Israël et les États-Unis.
Tiens, je me demande qui aura le prix Nobel de la Paix cette année…
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