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Sur la catastrophe girondine

Une chose qui me frappe, en observant la catastrophe girondine — dont la douloureuse présence ne me lâche pas l’esprit, je dois bien le dire —, c’est l’implication immédiate, spontanée, de très nombreux citoyennes & citoyens, venus prêter main forte aux services de secours débordés, organisant l’accueil des personnes déplacées, etc.

Face au mégafeu de Gironde comme face aux inondations de 2021 que nous avons vécues de (trop) près, ici à Liège, comme aussi face à l’ouragan Katrina en 2005 (un moment clé à bien des égards, sur lequel je me suis un peu documenté) et sans doute de tant d’autres dont je ne connais pas forcément les histoires (mais je pense à la dévastation de la vallée de la Roya, aux immenses inondations autour de Valencia, etc), l’État est très rapidement dépassé et ces bonnes volontés locales, auto-organisées, qui se mobilisent, avec plus ou moins d’efficacité, s’avèrent indispensable pour affronter le danger et ensuite en amortir le choc — mais elles sont aussi terriblement difficiles à coordonner, à mettre en œuvre efficacement (déjà pour éviter que des personnes ne se mettent inutilement en danger, puis pour faire converger l’effort dans une même direction).

Observer cette mobilisation est porteur de beaucoup d’espoir, parce que ça prouve que les humains — cette étrange espèce qui campe par ailleurs massivement dans le déni de la destruction qu’elle organise de ses propres conditions d’existence — sont (aussi) capables du meilleur, que la solidarité est profondément ancrée dans nos relations sociales même si cela n’apparaît plus suffisamment au quotidien, mais également parce qu’il me semble — ou du moins parce que j’espère — que beaucoup de ces personnes qui vivent cette catastrophe en première ligne deviendront demain des « ambassadeurs » et des « ambassadrices » de l’indispensable changement de cap, du sursaut.

Alors, bien sûr, le définancement, le sous-équipement, le manque de recrutement dans les services de sécurité civile sous l’effet des politiques néolibérales (avec lesquelles il faudrait en finir une bonne fois pour toutes si on veut s’en tirer, bien sûr) est une question à côté de laquelle on ne peut passer (dans les trois exemples évoqués ici, ce recul du service public est patent et a coûté des vies), mais il me semble que, indépendamment de cela, structurer à l’avance l’action collective face aux événements extrêmes est désormais une nécessité vitale. Nous devons être mieux préparés, ensemble, à gérer demain, ce qui arrivera — voire à nous porter en soutien aux habitants d’une région voisine qui serait touchée, ainsi que tant de personnes, du nord comme du sud du pays, l’ont fait en 2021.

Ça passe certainement par une formation de base de la population aux situations d’urgence (premiers secours, notions de base de la survie, réflexes à avoir face à l’inondation ou à l’incendie,…) et par des formations plus poussées pour des volontaires (en augmentant de nombre de pompiers volontaires ou en créant un corps de « pompiers de réserve » mobilisable dans les situations d’urgence), par un minimum d’équipement individuel (si chacun pouvait déjà avoir des bottes, une lampe frontale, un bon sac à dos, etc) ou par la mise en place à l’avance des bases de l’encadrement de milliers de bénévoles (agents publics préparés à jouer ce rôle, systèmes de communication déjà prêts, etc). Mais ça passe certainement avant tout par une culture de l’action collective, par la musculation de nos capacités d’agir ensemble. Ce sens du commun était remarquablement puissant dans la culture ouvrière — s’il a largement cédé le pas à d’autres réflexes, à d’autres façons de voir le monde (même si bien sûr, des militants, minoritaires, perpétuent cette culture), je suis persuadé qu’il demeure présent, un peu rouillé, un peu enfoui, mais nous pouvons le réactiver avec un peu de bonne volonté, un peu d’imagination et un peu de mémoire.

 

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