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Prix de l’énergie

Les prix des énergies flambent à nouveau, et les signaux d’alarme se multiplient de façon inquiétante pour l’hiver qui arrive. Sans grande surprise, les guerres de Poutine et de Trump produisent leurs mécaniques effets et les gens ordinaires dégustent sévère. Ce sont des difficultés sérieuses qui s’annoncent pour bon nombre d’entre nous, des drames sociaux mêmes, car bien sûr ceci vient s’ajouter aux palanquées de mesures austéritaires et à l’inflation qui rognent de partout la capacité des ménages à payer tout ce qu’il faut payer pour avoir le droit de vivre décemment dans cette société.

Face à cette situation, je lis de nombreuses voix à gauche (y compris dans mon propre parti) qui appellent à _subventionner_ les combustibles pétroliers, de façon à ce que le prix pour le public reste constant malgré l’envolée des marchés internationaux.

Le réflexe est compréhensible, bien sûr, logique en un sens, mais je redis ce que j’ai déjà dit tant de fois : ce serait à mon sens une énorme, une gigantesque, une terrible erreur.

Je pense qu’il est nécessaire d’aider les ménages (sous un certain plafond de revenu, éventuellement avec plusieurs niveaux d’aide selon le niveau de revenu) mais sous la forme d’un « chèque de crise » (ou appelez-le comme vous voulez) d’un montant donné, égal pour tout le monde et qui pourrait être financé par une ponction sur les surprofits, là où ils existent. Mais pas en réduisant artificiellement le prix à la pompe.

Pour deux raisons.

Primo, l’explosion du prix des combustibles reflète leur manque de disponibilité sur le marché mondial. Entre le détroit d’Ormuz sur lequel se concentrent les sautes d’humeur du psychopathe qui réside pour le moment à la Maison blanche, les raffineries russes bombardées par l’Ukraine qui amènent à redistribuer les flux du commerce pétrolier en Eurasie, les attaques des Houthis en mer rouge et puis les stocks stratégiques européens qui sont trop bas, il n’y a tout simplement pas assez d’offre, en Europe, pour satisfaire la demande. Il est donc indispensable, si l’on veut éviter que le prix grimpent encore (et devoir donc encore augmenter le soutien étatique aux ménages), de réduire cette demande. Pour ce faire, maintenir artificiellement des prix bas est sans doute la pire politique possible, parce que cela décourage les comportements de substitution qui pourraient réduire cette demande (covoiturer, prendre le train ou le vélo, isoler son logement, mettre un pull, etc).

Secundo, une réduction artificielle du prix à la pompe des carburants automobiles (en particulier) est une mesure puissamment anti-redistributive, qui va mobiliser des montants phénoménaux d’argent public (car cette mesure, par sa nature même, ne peut pas être ciblée sur ceux qui en ont le plus besoin) tout en ne bénéficiant ni aux plus pauvres (qui n’ont pas de quoi se payer une voiture) ni aux ménages qui font des choix de sobriété (en se passant volontairement d’une voiture par exemple). À l’inverse, cette mesure reviendrait à subventionner des consommations abusives venant des plus riches. Accessoirement, elle représenterait aussi un nouveau transfert économique des urbains vers les péri-urbains, un de plus.

Bref : aussi bien sur le plan économique (le déni de réalité face à une pénurie ne peut mener qu’à l’explosion des prix et à un emballement de la situation), social (une mesure linéaire sur les prix n’est pas de nature à aider ceux qui en ont vraiment besoin) que climatique (après l’été qu’on vient de vivre, vouloir subventionner le diesel est juste… fou), cette idée est probablement la pire que l’on puisse avoir, mêmes avec les meilleures intentions du monde. J’espère que ceux qui la défendent liront ceci et reconsidéreront rapidement leur position.

Je termine en soulignant qu’avant même de parler de transferts économiques directs (qui présentent toujours le risque d’effets d’aubaine et celui de l’ouverture de gouffres budgétaires), la première chose à faire devrait être de faciliter fortement l’accès au transport public, notamment en rendant sa tarification moins dissuasive qu’elle n’est devenue ces dernières années et en renforçant l’offre.

Mais ce qui s’annonce à cet égard en Wallonie est tout simplement horrifique puisque le nouveau « contrat de service public » du groupe TEC, approuvé par le gouvernement wallon en avril 2026 (1), impose à l’opérateur d’augmenter ses recettes de 40% (!). Cette augmentation des recettes pourrait éventuellement (rêvons un peu) venir d’un meilleur service qui attirerait (beaucoup) plus d’usagers payants (là où les bus ne sont pas déjà archi-remplis, disons), mais il semble (2) qu’on se dirige au contraire vers une augmentation carabinée, jamais vue, des tarifs — ce qui aura donc aussi pour effet de réduire le nombre d’usagers et donc les recettes, dans un infernal cercle vicieux, à l’égard duquel la seule préoccupation du gouvernement wallon des droites semble être de s’exonérer par avancer de sa responsabilité — en augmentant l’autonomie du groupe TEC qui sera réputé avoir pris cette décision seul (dans les faits, la décision sera prise par les administrateurs MR et Engagés au sein du CA de l’OTW) — plutôt que de trouver les solutions qui permettraient aux Wallonnes et aux Wallons de se déplacer plus facilement en transport public à un prix raisonnable.

Le progrès fait rage.

 

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