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Manifestation du 10 septembre

J’entends beaucoup d’inquiétude, autour de moi, sur les conséquences qu’aura sur les élèves la reprise du mouvement de grève dans l’enseignement. Je comprends parfaitement ces inquiétudes et je les partage.

Mais je vois aussi la dureté des mesures budgétaires qui s’appliquent désormais dans nos écoles, avec un effet d’accumulation particulièrement délétère des mesures d’austérité, puisqu’au « décret-programme » voté au printemps (qui, notamment, réduit de 10% le nombre de postes dans le secondaire supérieur) s’ajoutent les mesures plus générales, notamment les coupes dans les dispositifs de soutien à l’emploi (APE) et l’interdiction faite à la Ville d’atténuer le choc en intervenant financièrement (le bien mal nommé « Centre régional d’aide aux communes », le CRAC, alias le FMI wallon, maniant la schlague avec constance et dextérité), mais aussi la réduction radicale des moyens d’investissements (budget extraordinaire communal) qui aura de lourdes conséquences, cumulatives dans la durée, sur le gros entretien de — a fortiori sur la possibilité de rénover — nos bâtiments scolaires.

Pour le seul pouvoir organisateur de la Ville de Liège — auquel je suis évidemment plus particulièrement attentif comme conseiller communal, mais les constats qui suivent sont largement généralisables aux autres écoles —, cela représente la perte de 17,8 équivalents-temps-plein dans le secondaire (16,6 postes d’enseignants et 1 poste d’éducateur) et de 16 ETP dans le fondamental (9 assistantes maternelles, 3 instituteurs du maternel et 4 instituteurs du primaire), auxquels il faut ajouter 2 ETP « Ville » (deux emplois que la Ville mettait à disposition de ses écoles sur fonds propres et qu’il a fallu supprimer pour complaire au CRAC).

Ces pertes d’emploi, en plus d’accroître une charge de travail déjà considérable sur les enseignants (car les deux heures supplémentaires face classe généreront bien entendu un temps au moins équivalent en préparations, corrections et suivis à assurer) ont aussi pour conséquence de déstructurer des équipes et des projets pédagogiques qui avaient été patiemment construits. Et jusqu’aux cours eux-mêmes sont mis en péril, puisque certains d’entre eux doivent désormais être partagés entre… deux enseignants (dois-je faire un dessin sur l’impact que cela va avoir sur les apprentissages ?).

Ajoutons qu’à ces 36 emplois perdus dans les seules écoles communales liégeoises, il faut encore ajouter une réduction de moyens de 1,2 million d’euros, qui concerne notamment les repas chauds gratuits qui étaient servis dans les écoles présentant les profils socio-économiques les plus défavorables (ce qui était tout sauf anecdotique, notamment pour certains enfants venant de familles très démunies et elles-mêmes matraquées de partout par les mesures gouvernementales ou l’explosion du coût de la vie). Ou l’augmentation du minerval dans le supérieur. Tout cela dans des bâtiments que l’on va avoir du mal à faire tenir debout, ainsi que je l’ai signalé plus haut.

Il y a aussi la fin de la première secondaire « différenciée », un dispositif visant à donner leur chance — grâce à un encadrement renforcé — à des enfants n’ayant pas acquis les bases suffisantes pour entamer dans de bonnes conditions une scolarité secondaire, un dispositif autour duquel l’Athénée Maurice Destenay avait construit une partie de son projet pédagogique, avec des résultats probants. La fin de ce dispositif annonce des conséquences tragiques pour des dizaines d’enfants.

Face à cette situation chaotique, la ministre Valérie Glatigny annonçait des moyens supplémentaires, notamment pour la protection des enseignants dits « temporaires prioritaires ». Mais comme l’expliquait l’échevine de l’Instruction publique, Julie Fernandez Fernandez, lundi soir au Conseil, ces mesures sont inopérantes faute… d’avoir été votées. De surcroît, ces mesures (non votées, donc) s’éteignent déjà en décembre. Là comme ailleurs, la ministre MENT, encore et encore, comme elle le fait depuis des mois en affirmant qu’aucun enseignant ne perdra son emploi alors que, dans presque toutes les écoles, les témoignages remontent pour dire qu’il y a bel et bien de jeunes collègues qui n’ont pas retrouvé leur poste en cette rentrée.

Alors que la dernière mouture, qui vient de sortir, de l’enquête européenne PISA mesurant le niveau des élèves de 15 ans montre un nouveau recul dans les compétences essentielles des jeunes Belges francophones, alors que la démocratie s’effrite de partout et qu’on sait que l’éducation et l’intégration de toutes & tous sont la meilleure protection qu’une société puisse se donner contre le fascisme, il me paraît difficile de se résoudre au nouveau tour de vis néo-libéral que le MR et les « Engagés » viennent d’imposer à nos écoles — et dont les conséquences toucheront évidemment surtout les enfants culturellement et économiquement les moins favorisés, une exclusion dont les répercussions viendront cabosser la société toute entière pour plusieurs décennies.

Je pense que la chose la plus raisonnable à faire serait de revenir sur les mesures anti-sociales votées au printemps.

Je serai donc dans la rue ce jeudi 10 septembre pour soutenir le monde enseignant.

 

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